Le waacking, féminité et glamour à leur paroxysme

Article publié dans le magazine Clin d'oeil - oct. 2020, par Emmanuelle Martinez


Besoin de se défouler dans la joie et de se sentir extrafabuleuse? Le waacking est là pour ça! Rencontre avec un pro de cette discipline, Motaaah Seem, qui enseigne et partage le pouvoir libérateur de ce style de danse méconnu! 

Q : Qu’est-ce que le waacking?

R : C’est un phénomène né dans les années 70 sur la côte ouest américaine, à Los Angeles, et baigné par la musique disco. C’est une danse créée par les communautés gays noires et latinos qui repose beaucoup sur l’improvisation. Le waacking est né de la souffrance, à une époque où l’homosexualité n’était pas aussi bien acceptée. Ses adeptes dansaient dans les clubs underground; c’est vraiment là qu’ils se sentaient libres d’être eux-mêmes. Ils imitaient souvent les grandes divas du cinéma, comme Marilyn Monroe, Marlene Dietrich, Greta Garbo, notamment en posant. Plusieurs confondent à tort le waacking avec le voguing, une danse apparue plus tard, à New York. 

Q : Quelle est l’importance de la mode, de l’apparence dans cette culture?

R : L’idée est de pousser la féminité et le glamour à leur paroxysme, ce qui passe autant par les gestes et l’allure que par les vêtements et le maquillage. À l’époque, il s’agissait d’une façon de défier la pauvreté et l’adversité en se sublimant, en mettant tout en oeuvre pour se sentir comme une star, le temps d’une soirée. 

Q : Qui sont les pionniers du waacking?

R : Tyrone Proctor, Viktor Manuel et Archie Burnett. Mais ce qui a véritablement popularisé cette danse est une émission télévisée de l’époque, Soul Train. C’est en y improvisant des mouvements de waacking que Tyrone Proctor l’a fait connaître au grand public. 

Q : Comment as-tu découvert le waacking?

R : J’en ai entendu parler pour la première fois en 2008, par une amie danseuse, mais c’est lorsque je suis arrivé à Montréal, en 2011, que je me suis mis à le pratiquer. J’avais envie de m’intégrer, et je me suis dit que la danse serait une bonne façon de le faire. En France, je dansais le hip-hop. Je faisais partie d’une troupe d’art lyrique, avec des chanteurs d’opéra qui venaient des banlieues parisiennes et des intervenants en danse qui nous faisaient découvrir un nouveau style chaque année. En arrivant ici, je savais qu’il fallait que je continue. D’ailleurs, c’est ce que je conseille à tout le monde pour se faire de nouveaux amis: se lancer dans un cours, que ce soit du yoga ou autre. Pour ma part, j’ai d’abord voulu m’inscrire à des leçons de ballet et de danse contemporaine, puis j’ai vu qu’on offrait un cours de waacking. J’ai eu un coup de foudre pour la prof en tombant sur une vidéo d’elle en compétition. La session commençait le 24 septembre 2011, je m’en souviens encore. En sortant de là, ce jour-là, je tremblais... La révélation! J’ai su que c’était pour moi. Je me sentais fort, comme si je venais de retrouver une forme de dignité. C’est ainsi que le «waackdignity» est né. 

Q : Qu’est-ce que le «waackdignity»?

R : C’est le nom que j’ai donné à mes cours privés. Je veux que les femmes qui les suivent osent être elles-mêmes, qu’elles se sentent belles, fortes et sexy tout en exprimant leur créativité. Tout ça dans la bonne humeur et sans jugement. C’est vraiment une expérience de bien-être et d’empowerment. Surtout qu’on peut danser sur toutes sortes de musiques, puisque l’idée, c’est de traduire en mouvements ce qu’on entend, que ce soit une chanson de Joe Dassin, de la Compagnie créole ou d’Ariana Grande! 

Q : Beaucoup le dansent en talons hauts. Est-ce un accessoire indispensable?

R : Ça fait partie du look de femme fatale, qui est l’essence même de cette danse. Ce n’est pas obligatoire, mais c’est fortement conseillé! 

Q : Et dans ton cours, ça se passe comment? Doit-on en porter?

R : Ce sont des femmes qui ont créé mon métier. Sans elles, je ne travaillerais pas. Et danser en talons fait partie de ce qui les attire! Je ne m’imaginerais pas enseigner le waacking sans. Si notre condition physique nous le permet, il n’y a pas de raison de s’en priver. Les talons hauts donnent une posture, une prestance. Sans compter qu’ils font travailler tout le corps: jambes, fesses et abdos compris. 

Q : Est-ce qu’il faut avoir une base de danse pour suivre ton cours?

R : Absolument pas. J’ai beaucoup de plaisir à travailler avec les débutantes. Avec le temps, je réalise que c’est l’énergie et la motivation qui comptent. Deux qualités importantes lorsqu’on entreprend quelque chose, d’ailleurs. Le waacking est une danse d’impro. Explorer le mouvement avec une personne qui n’a ni background ni technique ancrée dans le corps, c’est génial! 

« L’idée est de pousser la féminité et le glamour à leur paroxysme, ce qui passe autant par les gestes et l’allure que par les vêtements et le maquillage.»

Q :  Sur le plan personnel, qu’est-ce que ça t’apporte?

R : J’aime communiquer mon énergie. Cette danse m’a permis de me sentir mieux dans ma peau, de respirer. Je sais que cette confiance se partage et se décuple au contact des autres. Mes élèves ont de 7 à 60 ans. Ensemble, on s’éclate! J’enseigne notamment à l’Académie du Ballet Métropolitain, à Montréal, dirigée par Alexis Simonot. On a la même philosophie, qui est celle d’amener les élèves vers un accomplissement personnel. J’enseigne donc la technique, mais pas de chorégraphie précise. Par ailleurs, j’offre aussi des cours semi-privés ou privés au Studio Bizz ou à domicile. 

Pour info, consultez balletmetropolitain.com et @motaaah_seem